la vulnérabilité invulnérable

Bon Dieu que j’ai cherché.

Par tous les moyens, j’ai cogité, j’ai tourné, je me suis mise sans dessus dessous, chacune de mes fibres cherchait l’invulnérabilité, la non-souffrance, ne plus jamais avoir mal, être libre, ne plus JAMAIS souffrir.

J’ai réussi en partie, il faut bien le dire, ce qui m’a coupée totalement de moi-même, au point de ne plus savoir ce que je ressentais, ne plus ressentir mon corps, aucun mot ne sortait, les émotions débordaient à n’importe quel moment, oui, ça sort quand même, sans nom, en torrent de larmes ou en indifférence pétrifiée, mais ça sort, ça bloque, ça hurle.

Ca faisait finalement encore plus mal, parce qu’au fond de moi je sais que je n’étais pas invulnérable, j’étais juste anesthésiée, et anesthésiée, ben c’est pas tellement une réussite, on vit encore dans la trouille que ça se réveille, on fuit, fuite en avant, angoisse, grand n’importe quoi. Pas très agréable.

J’ai alors continué  à chercher, j’ai abdiqué, j’ai eu des éclairs et ça s’est refermé, et sans doute que ça se renfermera encore mais jamais aussi complètement, je commence à voir qu’il y a une vraie solution et qu’elle est en plein là où je ne voulais pas aller.

La bonne blague. Ce que je fuis est ce que je cherche.

Je commence à arriver à en rigoler.

J’en ris même pour de bon tellement c’est bon.

Il est bien bien bien plus agréable de se sentir mal que de ne rien sentir du tout figurez-vous. Sans doute parce que c’est dans notre nature, la vie est …vie.

Donc vivante, mouvante, elle se ressent.

Mon fils m’a demandé hier si ça faisait mal de mourir.

J’ai répondu catégoriquement: Non.

C’est la vie qui fait mal. La maladie, l’accident, peuvent amener à la mort certes, mais tant que c’est douloureux c’est la vie n’est ce pas?

Je ne sais pas si c’est une bonne réponse pédagogique, mais sur le moment je n’ai pas pu lui dire autre chose, parce que surtout je trouve ça…magnifique!

Quand on est en vie, on ressent. La douleur comme l’extase.

La vie se vit.

Toutes les fois où on refuse de ressentir ce qui se présente, on choisit la mort, la mort de quelque chose, d’une partie de nous.

Accepter d’être vulnérable et de ressentir tout ce qui se présente, de rester avec ce qui vient, bon comme mauvais, c’est la vie, l’invulnérabilité totale. Accepter la peur, le malaise, la gêne, la honte, la médiocrité, l’imperfection, et bien… c’est la liberté.

Etre vulnérable c’est devenir invulnérable.

Car que craindre une fois qu’on sait qu’on acceptera ce qui se présente?

J’entends certains se dire que c’est du masochisme, vite une croix, des clous, vive la douleur, encore un peu de charbons ardents, ma couronne d’épine me glisse sur l’oreille etc…

Non, ce n’est pas la rechercher ni même l’entretenir, c’est reconnaitre que quand on a mal, on a mal, ne pas essayer de faire cesser la douleur avec une solution incertaine du style: colère, jugement, rejet, attaque. Qui ne fera que nous en rajouter une couche au final, nous empêtrer en plein dans la mélasse. Et entretenir la douleur pour le coup.

Fuir la douleur c’est l’entretenir. Ben oui. L’accepter c’est s’en libérer. Ben oui.

Vous ne vous tortillerez pas si vous aviez des clous plantés dans les mains n’est ce pas? Vous bougeriez le moins possible. Donc c’est pareil pour le reste. Quand ça arrive, ne bougez plus.

Dites:  aïe!

Elle est la liberté, l’invulnérabilité totale, dans le courage de dire :aïe.

Et de rester avec.

aïe, j’ai mal, merde.

Un mantra qui me va.

Et vous?

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