Code du déshonneur, Article 15: On se laisse porter

Oh oui! Se laisser porter est parfaitement honteux, porté par le système, par les autres, être un parasite, une sangsue de la société. Pire même: un rmiste! ( ça marche pas avec RSA je trouve, rsaiste, ça fait moche).

Bon déjà que dans la vie de tous les jours je n’ai rien contre les rmistes, j’en suis bientôt une (ni rien contre les patrons d’ailleurs, vous connaissez ma position politique plus qu’ambiguë) et bien j’ai décidé d’étendre ce concept à la Vie, la grande, la philosophique, la spirituelle, le Grand Courant.

Ca commençait à bien faire, faut dire.

Des années de lutte acharnée pour mener la Vie où moi je voulais, à chaque instant, je disais non, non c’est pas ça, t’as rien compris Vie, c’est pas là que je dois aller, c’est pas ça que je dois être, tu comprends rien, jamais, tu te trompes tout le temps, tu ne m’apportes pas du tout ce que j’ai demandé, c’est quoi ce service, je m’évertue à réparer tes erreurs et tu t’en fous!!! J’ai essayé de la court-circuiter, de la faire plier, pensée positive, loi d’attraction, j’en ai gagné une telle tension à surveiller et à éradiquer le moindre doute et la moindre pensée un peu négative que j’ai fini avec le cerveau mou comme une méduse dépressive.

Puis, il n’y a pas longtemps, face à ce fiasco avéré,  j’ai décidé d’abdiquer, je lâche tout, j’en ai marre, puisque personne ne m’obéit, puisqu’elle n’en fait qu’à sa tête et bien inutile de me fatiguer plus longtemps, qu’elle se démerde toute seule, on verra bien où ça nous mènera tout ça, ça va pas être beau à voir, moi je vous le dis, je vais devenir une parasite de la vie, une rmiste du Grand Courant. Oui t’as gagnééééééé, je laisse tomber!

Ben punaise.

Elle n’était même pas vexée ni rien, j’ai sentie un éclat de rire, une espèce d’énergie toute joyeuse, un élan chalereux, même pas un peu mesquine du genre: « ah ben c’est pas trop tôt, tu me lâches enfin la grappe! », mais au contraire un truc qui me tendait la main et qui me disait: « tu vas voir comme ça va être bien!  »

Pas un reproche, pas une réflexion ni même un p’tit coup foireux pour m’apprendre la politesse, non rien.

Juste de l’amour.

Et de la place. Et de la force.

Plein de place et plein de force pour me porter, moi, moi et mes angoisses, moi et mes peurs, moi et mes doutes, moi et mes tristesses. Et ceux des autres aussi. Elle porte tout, tout le temps, on n’a rien besoin de faire que de cheminer un instant après l’autre et découvrir, elle fait tout.

Comme si on était sur une grande croisière, on fait nos petits trucs, notre quotidien, tranquillement, ça va quelque part, on ne sait pas où, mais le voyage est tellement chouette qu’on s’en fout finalement.

Si on essaye de dérouter le paquebot par contre c’est une autre histoire. Déjà, on est pas très concentrés sur notre quotidien, parce que dérouter un paquebot c’est du boulot et de l’énergie. Et puis surtout on n’y arrive pas. Et on ne sait même pas où il va, alors qu’à tous les coups il nous mène tranquillement où on veut.

Un peu de confiance quoi.

Oui, parce que abdiquer, c’est aussi s’abandonner, dans le genre, ok, peut-être qu’au fond tu sais mieux que moi ce qu’il me faut. 😉

Peut-être, oui, au fond…

Bon.

En bateau!

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Edouard Boubat Photography
1950

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