J’ai pas de volonté.

Et que c’est doux!

En fait c’est Isabelle Padovani, encore elle, toujours elle, (ben oui c’est la seule qui soit d’une logique infaillible, qui rassure et qui ne te fout pas une pression de ouf, c’est mon maitre quoi) qui m’a fait le déclic.

Une phrase qu’elle a dit a fait TILT : C’est pas moi qui conduit.

Je partageais déjà sa conception du libre arbitre, en fait, sa non conception du libre arbitre, parce que force est de constater, n’en déplaise,  on n’en a pas, ou à peine, infime, on croit prendre des décisions en toute liberté, mais c’est la somme de nos expériences, trauma, désirs, de ce que nous sommes intrinsèquement qui nous fait déboucher sur cette décision qu’on pense avoir murement réfléchie et décidée par la force de notre chère volonté, cette traitresse dans la majorité des cas, qui s’octroie nos réussites mais dénie toute responsabilité dans nos échecs, c’est une vraie amie ça? C’est à vous de voir, moi je la fiche à la porte, personnellement.

Pas que nous ne soyons pas responsable de ce que nous sommes et de nos actes,  je vous l’ai déjà dit, sauf que ce n’est pas la volonté qui y peut quoique ce soit, mais la conscience. Bref, je ne vais pas recommencer mais c’est pour expliquer en quoi j’ai eu mon déclic d’anniversaire.

C’est pas moi qui conduit donc. J’ai beau m’échiner à tourner le volant dans tous les sens, à me mettre une pression de dingue, suralimentée par l’hyper responsabilité qui pèse sur nos épaules, le connerie du monde, le réchauffement climatique, les notions new age, je suis créateur de ma vie, la loi d’attraction, il suffit de bien vouloir pour bien avoir, ce qui m’arrive de moche c’est moi qui l’attire etc et toutes ces horreurs inhumaines, ben je n’en retire qu’un stress de dingue, une culpabilité mortifère, une responsabilité démesurée qui au fond dépasse de loin mes compétences plus que limitées.

Je sais bien que toutes les fois où j’ai réussi un truc c’est que j’en étais capable à ce moment là. Mais tout est déjà là, ça se passe sans nous finalement.

Et quand manifestement je n’arrive pas du tout à quelque chose, et bien c’est que je n’en ai pas la capacité à ce moment là, pas la peine de me flageller!

Ca m’a toujours fait un peu bizarre qu’on me félicite pour mes réussites ou considérées comme telles, parce qu’à chaque fois ça a été assez facile. Qu’on me félicite ça prouve juste que le féliciteur n’en a peut-être pas la capacité au moment où je l’ai eu. Et quand j’admire quelqu’un et bien il faut bien que je prenne conscience que si il ou elle est capable de faire quelque chose que je ne peux pas faire, ce n’est en aucun cas qu’il ou elle m’est supérieure, mais qu’il ou elle a cette capacité à ce moment là, cette facilité que je n’ai pas. J’ai les miennes, vous avez les vôtres, chacun a les siennes et ça peut paraitre réducteur, mais c’est la réalité. Il y a des choses qui me sont naturelles, et plus ou moins facile et vous aussi et ce ne sont pas les mêmes, ou alors à des degrés différents. Alors oui, si on veut en retirer de la fierté ou la consécration ça fait un peu plouf dans ce cas là, mais ce qu’on en retire est bien plus précieux.

ex: Truc ou Machin ont réussi un truc de dingue et quand ils en parlent ça a l’air facile comme tout, je m’y met! Il n’y a pas de raison! En plus ils me persuadent parce que eux même en sont persuadés que leur réussite est dû à la seule force de leur volonté et que ça, de la volonté, on en a tous! Il SUFFIT  de vouloir.

Et ça me fait quoi à moi, hein, quand je me plante pour la 10ième fois à ce truc qu’eux ils ont réussi fingers in the noz?

Et si de me dire qu’ils en avaient la capacité à ce moment là, qu’ils n’ont rien conduit du tout, que ça c’est passé, que c’était leur moment, que ça a pu se produire?

Ca me fait quoi à moi?  Ben ça me fait du bien! Je n’ai pas réussi leur truc de dingue, mais je ne m’en sens pas moins nulle pour autant, et toute la tension, cette saloperie de tension permanente dans laquelle le soit-disant pouvoir de la volonté me fait vivre, ben il se casse! C’est pas moi qui conduit! Je lâche le volant, je croise les jambes sur le tableau de bord et j’admire le paysage! Des fois la voiture accélère, sans doute une descente, du coup je fonce, et des fois c’est plus lent, voir franchement ralenti, et ben quoi? C’est la vie ça non? C’est un problème? non.

J’ai pas de volonté, des choses m’arrivent, des possibilités me traversent, et je n’en tire ni fierté ni culpabilité ou honte, et je vous jure c’est tellement plus doux à vivre. On cherche quoi au fond? Se prouver des trucs pour réussir à s’aimer et à être doux avec soi-même? Ben la bonne nouvelle c’est qu’on peut s’aimer et être doux avec soi-même sans avoir à se prouver quoique ce soit, sans attendre!

Ca ne change rien à ce que je suis, à ce que je suis capable de faire, je ne deviens pas une contemplative pour autant, tout est comme avant, la tension de la conduite en moins, la douceur et la sérénité en plus.

Je sais bien pourtant que je ne peux pas vous convaincre, ça m’est tombé dessus, un déclic vous dis-je, qui m’a traversée.

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