J’ai pas tout de suite été Charlie

Oui. je leur dois bien ça, l’honnêté, parce que moi ca fait longtemps que j’ai mis mes couilles au placard, ça fait longtemps que j’ai pris le parti de ne plus provoquer personne, du moins ne plus froisser les suceptibiltés, de ne plus dire quoique ce soit à haute voix ici dans le pays où je vis, pas forcément parce que je n’en pense pas moins mais surtout pour vivre tranquille, et tout simplement aussi parce que quand on sait qu’on ne sera pas compris, on arrête de parler. De là à arrêter de penser il n’y a qu’un pas vite franchi.

Je fais attention à ce que je dis depuis très longtemps et quand on me parlait de Charlie Hebdo et des caricatures je disais mais merde, faut arrêter de provoquer, on ne peut pas mettre de l’huile sur le feu, ça ne sert à rien ceux d’en face ne comprendront jamais! J’avais tout simplement zappé qu’on ne le faisait pas pour ceux d’en face justement, mais pour nous. Que forcer le trait c’était autant de limites repoussées, pour avoir de la place pour penser, de faire suffisamment de bruit pour que le silence ne puisse pas s’installer.

Je m’étais laissée grignoter mon espace, comme tous ceux qui aujourd’hui refusent d’être Charlie, ils refusent l’espace qu’on leur offre pour faire fleurir leur idées, ils ne savent pas que les limites qu’on leur impose ou qu’ils s’imposent ne sont pas réelles, qu’on a le droit de tout penser, de tout rire, de tout dire et que personne n’a le droit de nous tuer pour ça, que ce n’est pas par liberté de penser qu’ils ne veulent pas être Charlie, mais par manque de liberté justement…

J’avais oublié, je m’étais insidieusement laissé mettre des limites et les revendiquais presque, j’avais oublié qu’avant j’avais le droit, que ma culture est l’humour vachard et au 24 ème degré, que plus on s’aime plus on s’envoie des scuds avec un sourire en coin, j’avais oublié que parler et rire et dessiner n’étaient pas sensé être dangereux voir même mortel.

Je ne cherche pas d’excuse, je ne retourne pas ma veste, si je l’écris aujourd’hui ce n’est pas pour m’excuser ou chercher l’absolution, c’est pour mettre en garde, je me suis fait grignoter à mon insu, moi qui pensais à tort être lucide et consciente, petit à petit, jour après jour, jusqu’à changer, oublier, et mercredi je me suis prise une baffe monumentale dans la gueule, le genre de baffe salvatrice, le genre de baffe que pouvait mettre Charlie, ça fait mal, ça secoue, ça remet au point surtout.

La leçon est comprise je vais essayer de ne plus jamais me laisser grignoter la liberté.

Je ne vais pas faire dans le pathos, j’ai ma pudeur, et eux aussi l’avaient, plus que, même, mais merci les gars pour avoir tenu bon et d’en avoir payer de votre vie y compris pour des gens comme moi qui ne comprenaient pas et d’autres qui ne comprennent toujours pas que vous vous battiez pour eux, aussi et surtout.

J’ai conscience de ce que je vous dois, mon réveil brutal et horrifié, mais mon réveil avant tout.

Je suis et serais désormais et j’espère à vie, Charlie.

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