Elsa 1, TCA 0 par KO

(Les TCA ce sont les troubles du comportement alimentaire: Hyperphagie, boulimie, anorexie, potomanie. )

C’est tout nouveau et d’aucun dirait que je m’emballe un peu. Surtout après plus de 25 ans. Sur 33.

Mais je me connais, et je sais comment j’ai vécu depuis aussi longtemps que je m’en souvienne et je vois ce que je ressens aujourd’hui, je le sais et je le dis: c’est terminé.

Ce sont des symptômes de beaucoup de choses, mais surtout celui du manque de confiance en soi, poussé à son extrême, tellement peu confiance, tellement désincarné que le corps n’a plus voix au chapitre et comme la bouffe c’est quand même un peu sa partie, je vous laisse imaginer la gabegie.  Bon je les ai tous eu ou presque, depuis l’enfance, parce que si ce n’était pas encore visible, (physiquement j’entends)  je revoie les yeux horrifiés de mon père qui me regarde boulotter sans mâcher, sans jamais ressentir d’écoeurement. J’ai dû perdre en tout dans ma vie 50kg (et ça va continuer) et en prendre 80 (ça c’est fini.)

L’acte de manger n’a jamais été anodin, ça n’a jamais été juste me nourrir et les gens qui autour de moi posaient leur fourchette en plein repas ou dessert en disant : « j’en peux plus  » étaient pour moi des mystères, ou des miracles.

Je ne comprenais pas comment on pouvait faire ça vu que je perdais conscience dès que je mangeais quelque chose, impossible de mâcher, de penser à m’arrêter, je reprenais conscience à la fin de mon assiette, et uniquement pour me demander ce qui pourrait maintenant me faire plaisir.

Plaisir. Jamais mot n’avait été aussi mal employé, aucun plaisir là dedans, je ne sentais pas vraiment les goûts, les textures, je mangeais à une vitesse phénoménale et je n’arrêtais que quand mon estomac arrivait à la limite de la douleur supportable, après les solides, les liquides, boulimique de tisane comme de café. Je mangeais avec mes yeux, la quantité me rassurait et devait me paraitre suffisante, en tout.

J’ai été hospitalisée pour ces troubles, sans succès, on les a traité comme une maladie à part entière, alors que ce n’est que la partie immergée de l’iceberg, la cristallisation de tous les problèmes, le fourre tout, le démon familier. Le problème et la solution à tout, ça ira mieux quand je pourrais contrôler ma prise de nourriture et rien n’ira bien tant que je ne pourrais pas.

Ben de tout ça, j’en suis sortie, sans une seule fois essayer de contrôler ma nourriture parce que.. ça ne marche pas! Et ça rend fou parce que s’ajoute à la douleur de vivre ainsi l’impression d’être une merde. Et c’est entretenu, les bons conseils, les régimes miracles etc, je ne veux pas jouer à la victime, mais il faut bien se rendre compte qu’on ne choisit pas ça, et que si on pouvait éviter de grossir sans s’arrêter et que le mal de bide est le seul moment où l’on ressent notre corps, ben comme tout un chacun, on le ferait. HEIN?BON.

J’ai commencé une thérapie PNL pour gérer mes angoisses, tout ce qui n’allait pas, et deux ans plus tard (et moins 10kg, il en reste 30!) je sens que c’est terminé.

Ce que j’ai fait, une fois les problèmes de fond résolus (estime de soi, confiance en soi, et oserai-je le dire, amour de soi) il restait ce dernier vestige, cette habitude tellement ancrée qu’elle se faisait passer pour moi.

J’ai tout d’abord réappris le plaisir, sans contrôler les quantités, je me suis dit: si tu manges ça, si tu peux pas faire autrement, au moins profite-z-en.

Et j’ai appris à savourer, et au lieu de devoir manger des quantités astronomiques pour ressentir le plaisir, vu qu’il était complètement saboté par la culpabilité et l’humiliation, ce que je mangeais me faisait immédiatement plaisir, et donc… j’ai moins mangé.

J’ai appris ou surtout désappris tout ce dont on nous farcit la tête de bon préceptes, dès que ma tête me disait: « c’est trop gras, trop salé trop sucré mangezbougez 5 légumes par jour et 5 fruits (les myrtilles ça compte?) », je lui répondais:

« Mais qui êtes-vous? ;- )  C’est au corps de s’occuper de ça!  »

J’ai osé lâcher le contrôle, j’ai balancé ma balance, et je me suis fait confiance.

Et ben la surprise et la gratitude de voir que mon corps au lieu de bouder après 25 ans de mauvais traitements a bien voulu reprendre son rôle! Et il le fait tellement bien que la seule chose qui me vient à l’esprit maintenant c’est : mais c’est si simple! c’est si facile! Il me dit s’il a faim ou pas, j’ai pas en m’en préoccuper, il me dit de quoi il a besoin et en quelle quantité, au moment où je me sers il me fait sentir à une cuillère près si ça va être trop, et je me sers des portions que si on m’avait servi ça il y a encore 6 mois je me serais roulée par terre de fureur. Même les boissons, il me fait boire ma mug de café du matin en 6 fois au moins!  Il me fait reposer la dernière bouchée de mon toast (avant je ne daignais pas m’assoir à table à moins de 4 toast, là c’est 1 et encore vers 11h, en vrai, je n’ai pas faim au p’tit dèj!!!!), bref, il gère, et trop trop trop bien.

Quand je suis fatiguée ou que le moral est un peu flappi flappo, il me fout la paix et me laisse à mes agapes qui sont elles aussi 3 fois moins importantes qu’avant et surtout épisodiques! Ce n’est plus ma norme!

J’ai forcé ma tête à considérer ce que ce n’était plus un problème, méthode Coué carrément, que j’avais tout pour gérer comme les autres, j’ai eu raison d’elle et je suis devenue normale. Et ce n’est tellement plus un problème que même s’il me reste pas mal de kilos à perdre pour me remettre au sport car ça me manque, mon physique n’est plus un frein à quoi que ce soit, lui qui était mon prétexte à ne pas vivre.

Je vous raconte ça aujourd’hui pour dire à ceux et celles qui en souffrent, que les solutions qui ne marchent pas ne sont pas des solutions, le contrôle, les régimes, les « il faut y a qu’à ». Remettre de l’ordre dans nos vies, dans nos têtes, dans notre corps, redonner à chacun le bon rôle, et se faire confiance. Cette liberté que je ressens aujourd’hui, c’est la première fois que je la ressens et c’est encore plus facile et plus léger que ce que j’avais jamais osé imaginer.

Ca vaut le coup. Voilà. Et il n’est jamais trop tard pour vivre en paix.

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