Libre Arbitre vs Mektoub

Je suis en verve car il se passe des trucs là, dans ma vie (intérieure, pour l’extérieur c’est la routine que j’aime), je sens un truc, le truc autour duquel je tâtonne depuis.. je ne me souviens plus, mais je touche du doigt là quelque chose. Genre je n’ai jamais été aussi près.

Donc.

Libre Arbitre VS Mektoub.

Libre arbitre c’est ce qui nous permet(rait) d’avoir le choix dans nos vies, de décider de tout, de choisir, de faire selon notre volonté. N’est ce pas?

Le Mektoub normalement c’est entendu comme destin, « c’est écrit », moi je l’entendrai dans le sens « déterminé » ça se passe comme ça parce que tout a fait pour finir comme ça. Le « non choix » je dirais.

Bon, n’en déplaise, j’ai choisi mon camp et je vais vous expliquer pourquoi.

Pour moi nous n’avons aucun libre arbitre, nos choix en sont concrètement réduits à accepter ou non ce qui EST (ne pas accepter ce qui est= dualité, accepter= unicité), et du coup en général on s’en sert pour se pourrir la vie, parce qu’on accepte pas du tout ou rarement ce qui est. Le fait de ne pas avoir de libre arbitre mais de se juger et de juger les autres comme en ayant un ne sert qu’à nous leurrer et faire du mal. Ce qui EST et ce qu’on pense qu’il devrait ETRE puisqu’on se croit ce pouvoir!

Quand je me suis rendue compte, après avoir été une farouche défenseuse de « quand on veut, on peut », qu’en fait je ne pouvais agir, penser et faire autrement que ce que je pensais et faisais et bien la souffrance a commencé à s’estomper, pour disparaitre. Je parle là de souffrance, de confusion, de dépression, pas de la tristesse, du blues, des maux de la vie qui ont une raison bien précise.

J’ai commencé à aller mieux quand je me suis rendue compte que je ne pouvais pas faire autrement que d’aller mal au moment où j’allais mal, je ne pouvais faire autrement que de manger à outrance les moments où je mangeais à outrance, que je n’avais effectivement pas la capacité de faire confiance à personne ou peu de gens car tant que je n’admettais pas que je n’avais pas le choix, je me suis fait la guerre:

« mais pourquoi tu bouffes? pourquoi tu es encore en dépression, pourquoi tu passes d’une dépendance à l’autre, pourquoi les gens te font si peur? Pourquoi es tu si violente? mais ARRETE tout simplement! ARRÊTE! CHANGE! Les autres le font bien puisqu’ils DECIDENT de manger normalement et d’aller bien et de ne plus y penser et d’être des personnes calmes, confiantes et souriantes! « 

Toute la souffrance venait de là : je pensais sincèrement et indubitablement que j’avais la capacité de cesser de souffrir et de cesser de manger et de cesser de bouffer des pilules, de tout massacrer autour de moi en 3 minutes,  puisque j’avais du libre arbitre, ce n’était qu’une question de volonté, mais… défaillante pour le coup! Moi, je n’y arrivais pas. Tout le monde y arrive, sauf moi. 

 Le jour où je me suis rendue compte en faisant une thérapie que oui, j’avais suffisamment de raisons dans mon passé pour souffrir, manger, être dépendante affective, violente, insécurisée, , etc,  et bien ça a commencé à aller mieux pour finalement ne plus exister. Je ne mange plus à outrance, je ne souffre plus, je ne suis plus dépendante et la confiance fait partie de ma vie,  et ne cesse de grandir. 

Si j’avais admis dès le début que ce qui arrivait était dû à la somme des choses arrivées avant, et bien je n’aurais pas souffert autant, je n’aurais surtout pas ajouté la souffrance à la tristesse et au manque, je n’aurais pas amplifié mon insécurité en me sentant si diminuée, si incapable. Plutôt que de m’acharner à essayer de DECIDER, D’ARRÊTER, il fallait que j’accepte, que je m’accepte moi telle que j’étais avec mon bagage de vie.

Avec la vie que j’avais eue, ma sensibilité, ça ne pouvait donner que ce résultat là. Je n’en étais pas COUPABLE, ni même RESPONSABLE, ma responsabilité, ou mon irresponsabilité pour le coup était de me donner un pouvoir que je n’avais pas.

Lutter contre ce résultat c’est lutter contre des moulins à vent.

Tant qu’on croit qu’on DECIDE, on SOUFFRE, on ne peut pas s’aimer et aimer les autres (c’est pareil, une fois qu’on s’aime, on aime les autres), parce qu’on se dit qu’on peut décider d’être différent (en mieux généralement, ce qui fait qu’on focalise sur ce qu’on estime devoir parfaire et qu’on omet ce qui est déjà pas si mal), on se dit que les autres peuvent arrêter d’être cons, violents, racistes, que le monde pourrait être merveilleux, on se dit que, si, nous, on a ce choix de devenir meilleur, eux aussi, que si on est capable de prendre les bonnes décisions, eux aussi! A aucun moment on ne se demande pourquoi ces triples cons ont fait le CHOIX d’une vie d’assassinat, de violence, de politique, de destruction massive, non seulement ils sont massivement débiles mais ils l’ont choisi! DOUBLE DEBILE! 

Ben non. La souffrance ne vient pas du fait que le monde est affreux, mais du fait qu’on CROIT qu’on peut être différent. On devient cons, violents, racistes etc quand on résiste à ce que nous sommes, quand on se met à penser que tout va mal alors qu’en fait, tout va bien (edit: tout va bien, non, des fois, souvent,  on souffre c’est indubitable, mais tout est normal, oui, on souffre pour de vraies raisons, on n’ajoute pas le c’est pas normal à la souffrance). Quand on cherche des causes à des problèmes qui n’en sont pas. 

A aucun moment on se dit: tiens,  si on est si libre de choisir pourquoi on ne choisit pas tous la paix, la joie, le bonheur et l’harmonie?  On devient intolérant envers nous-même et les autres, parce qu’on pense et qu’on soutient mordicus qu’un assassin, un dictateur a CHOISI de faire le mal et de n’être qu’un tas de haine, qu’un alcoolique préfère foutre sa vie en l’air plutôt que de la vivre pleinement, ben oui, moi si j’ai un problème avec la bouffe j’en n’ai en revanche pas avec l’alcool, c’est facile d’arrêter de boire! Regardez moi! Ben non, j’ai la chance de ne pas aimer l’alcool. C’est tout. Ou de préférer, que mon désir soit plus fort de me lever claire et nette qu’avec la gueule de bois. Voilà. 

Evidemment alors qu’on juge et qu’on trouve nos semblables atroces! ils ont le choix d’être heureux et gentils et ils choisissent en toute connaissance de cause le mal et la douleur! 

Et à aucun moment on se dit qu’il y a un souci… Non non, les gens sont très cons, tu sais. Ah. 

Exemple plus léger ( au sens figuré) : je suis plutôt trop ronde. Mon mal-être vient-il du fait que je suis trop ronde ou bien que je crois pertinemment qu’il m’est tout à fait possible de maigrir à volonté, mais que je n’y arrive pas ? Que du coup je me sens nulle, je me compare aux autres qui, eux, y arrivent bien pourtant! Leur libre arbitre marche et pas le mien!! Je suis pas vraiment humaine ou égale aux autres alors?!! Je suis nulle et inférieure!  La honte dans la rue et les magasins vient-elle du fait que je suis ronde ou que tout me renvoie à mon incapacité à maigrir?  A ma nullité? J’ajoute à mon problème de poids un problème de confiance en moi, une baisse d’estime de moi, et là, ça va commencer, le grand huit, la gabegie sans fin.

Mais quand je comprends que  les autres n’ont pas plus de volonté que moi qu’ils sont déterminés à être capables soit de rester minces, soit de réussir à maigrir à un moment, comme je suis déterminée à ne pas être alcoolique, tout va mieux!  Le chemin de vie et leur personnalité, leur mektoub fait qu’ils en sont capables et pas moi (pour le moment), ou le contraire. 

Non seulement je m’accepte, mais je les accepte aussi. Je comprends qu’on est tous dans la même galère, avec des possibilités différentes, dues à nos chemins de vie et caractères différents! 

Le libre arbitre que nous possédons, notre responsabilité, ne consiste alors qu’à accepter ou non ce qui est, à résister ou non à ce qui est, à qui nous sommes,  à la vie qu’on a, à en faire un problème ou ne pas en faire un.

Commencez par faire de vous-même ou de votre vie un problème et vous serez déterminé à trouver, d’abord, un coupable, vous ou les autres, vous chercherez ensuite des solutions, changer ou faire changer, tuer, faire taire, extraire, rejeter, amasser, collectionner, s’étourdir, oublier, refuser  etc…

J’ai cessé de faire de la nourriture un problème, j’ai cesser de faire de moi même un problème je m’accepte, totalement, avec mes défauts, mes qualités, et bien… je mange normalement, je travaille enfin normalement, j’ai arrêté de penser que je pouvais faire mieux, que j’étais nulle et mal organisée, et les choses rentrent dans l’ordre, dans mes limites, car je suis mektoub physiquement et moralement hein, et je crois que j’ai enfin trouvé la paix, la paix de vivre au maximum de mes capacités vue que je ne suis pas toujours en train de vouloir plus et de me trouver nulle, je me fous la paix et comme je ne suis plus agitée et confuse je peux profiter pleinement de mes capacités, qui ne sont pas si moindres quand on ne leur met pas des bâtons dans les trous.

Et comme j’ai compris que personne n’avait le choix de dire ou ne pas dire, de faire ou de ne pas faire ce qu’il dit ou fait à cet instant T, et bien j’essaye de l’aimer ou du moins de ne pas le juger, et je lui souhaite de tout coeur de se rendre compte que tout va bien, qu’il peut se foutre la paix. 

Bref, avec le mektoub, on gagne la paix. Et le bonheur d’être en vie.

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