Code du Déshonneur Article 12 : Emerveille toi.

Je crois que je suis, là, presque au paroxysme du déshonneur et de l’amoralité. (Word me souligne « amoralité », je touche au but…) 

J’imagine que je vais en perdre quelques uns en route, mais bon…

Je viens vous parler de l’ineffable joie, de la sérénité de vivre dans l’émerveillement de la vie… et de la vie dans son entièreté, sous tous ses aspects, jusqu’à la mort.

Beaucoup de mouvements spirituels ou de religions parlent de détachement, que je trouve très dur, parce que détaché c’est quand même pas joyeux joyeux, c’est un peu en dehors de la vie, c’est surtout vachement seul. 

Mais beaucoup nous induisent aussi à retrouver nos yeux d’enfants, et ça ça me parle déjà plus, un enfant vit dans l’émerveillement perpétuel, pas de jugement de bien ou de mal ne vient encore le polluer et mettre une armure entre lui et la vie, seulement le ravissement d’être en vie et d’avoir toute cette vie à découvrir.

Il n’y a qu’à voir quand on lui donne quelque chose qu’il n’aime pas, il y a le dégoût mais teinté de curiosité du genre:  » je sais que ce goût ne m’est pas agréable mais ce goût est passionnant quand même ! »

Autre exemple, on me prend pour dingue car je suis du genre à ne pas fuir les mauvaises odeurs, je les analyse, les renifle, j’essaye de comprendre en quoi elles ne me plaisent pas. Elles me passionnent au même titre que les bonnes, car elles restent tout aussi intéressantes. C’est mon jugement seul qui les sépare, mais pourtant une bonne et une mauvaise odeur, c’est exactement la même chose physiquement.

Bon, viens en au fait, Elsa.

Ok.

C’est dans un film hollywoodien et à grand succès que je l’ai senti la première fois, ce que je veux vous expliquer : qu’il faut non seulement retrouver notre regard d’enfant, vierge de tout avis ou prise de position, de toute morale oserai-je dire, de tout parasite, mais surtout trouver quelque chose d’encore plus fort : un regard qui n’a de cesse de s’émerveiller. 

Le film c’est American Beauty. Dans ce film il y a un jeune homme, Ricky, au regard à la fois impitoyable, rien ne lui échappe, mais surtout et avant tout doux, dans la compassion, la compréhension et amoureux de la beauté, la vraie.

La plus belle chose qu’il dit avoir vu au monde c’est un sac plastique dansant avec des feuilles mortes, dans une brise d’automne tourbillonnante, ce sac et ces feuilles jouaient, sans se soucier d’être vus ou pas, pour le seul plaisir de danser.

Notre jugement d’adulte moralisateur dirait, punaise, la pollution, merde quoi ! Encore un sac qui traine !

Lui, se laisse avant tout émerveiller par la beauté du moment, sans se soucier du bien ou du mal.

A la fin du film, encore pire (ou encore mieux !), le jeune homme arrive sur les lieux d’un meurtre, et très calmement, se baisse jusqu’à la victime pour le regarder, avec attention, amour et curiosité émerveillée, il scrute le dernier regard de la victime et le sang écarlate qui s’écoule de la blessure…et c’est là que j’ai eu une épiphanie, (au moins, oui!).

Autant ça pourrait paraître sordide, morbide, glauque etc… (surtout que le jeune homme dans le film au regard de la société et selon le code des apparences est ce qu’on peut appeler un délinquant, mais quand on l’écoute on ne peut pas passer à coté du fait qu’il est bien au delà du commun des mortels,) mais c’est alors en le regardant regarder, subjugué, cette victime, que j’ai eu une révélation: 

c’est le regard d’un ange.

C’est comme ça que les anges doivent nous regarder pour nous aimer inconditionnellement, c’est comme ça aussi qu’ils sont des anges, en aimant la vie et le monde dans toute sa beauté, même celle du sang. 

Un ange ce n’est pas dans la mièvrerie et le déni, un ange, c’est celui qui regarde le monde TEL qu’il est, et non pas au travers du prisme des morales, des jugements, du bien ou du mal, un ange c’est celui qui s’émerveille avant tout de l’aventure qu’est la vie et la mort, qui sait que tout passe, et se termine, et que c’est ça qui rend tout si merveilleux, c’est celui qui, loin de fermer les yeux, les ouvre le plus possible pour ne pas perdre une miette de cette chose fabuleuse, de cette aventure incroyable qu’est la vie, et la mort aussi, qui tire un ravissement sans fin de cette contemplation amoureuse du monde.

C’est nous qui en faisons de la douleur, du mal, du mauvais, il n’a jamais été prouvé qu’il était mal ou horrible de mourir, que c’était une mauvaise chose, si la nature l’a jugée bonne, c’est qu’elle l’est, nous en avons fait une source de douleur au lieu de la regarder, de tout nos yeux, au même titre que le reste,  être émerveillés autant de la fin que du début, autant du miracle de la naissance que du miracle de la mort. 

A la fin de ce film, c’est ce qu’il est dit, que le monde est tellement beau qu’on n’a pas assez de place en nous pour accueillir toute cette beauté.

Le comble du déshonneur donc, c’est de vivre émerveillé de tout, reconnaître la vie en tout, l’énergie vitale que met l’être humain dans sa bonne comme dans sa mauvaise humeur, dans ses rires comme dans ses cris, dans ses bonnes actions comme dans ses mauvaises. Un ange ne juge pas, non par déni, mais parce qu’il reconnaît le beau là où nous ne voulons pas le voir. Nous ne voulons qu’une face de la pièce, au lieu d’essayer de trouver l’autre indispensable et également belle.

Je sais qu’on a été conditionné, qu’on nous inculqué des notions de bien ou de mal et qu’il est impensable pour nous, inimaginable de concevoir porter sur le monde ce genre de regard, et souvent on me dit c’est bien beau la théorie mais concrètement ce n’est pas possible, si ça l’est, si on se laisse croire que c’est possible, si on reste ouvert et non pas sur son quant à soi, pétris de certitudes finalement infondés et douloureuses, on est parfois, au détour d’un film, d’un paysage, d’un moment, d’une musique, touché par les anges justement, et ils nous passent pour un infime moment leur regard et on sait alors que oui, ça existe, oui c’est possible, et surtout que c’est infiniment plus merveilleux que ce qu’on peut oser imaginer.

Et je crois bien qu’avec le regard de l’ange vient le sourire du Bouddha. 

ricky

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