Code du déshonneur, article 7 : ne pas aider.

Le comble de l’altruisme, c’est de laisser les autres s’occuper d’autrui.

C’est affreux affreux affreux. C’est maaaaaaal.

Mais c’est vrai.

Quand on aide, souvent, c’est pour se sentir mieux soi-même. Et on en perd de vue l’autre et sa souffrance. On veut lui donner des solutions pour qu’il arrête de souffrir et que tout redevienne rose et bleu. Bref, on pense faire le bien, mais au fond, on ne prend soin que de soi dans ce cas là. Et on prend mal le fait de n’être pas écouté ou voir même remercié, on se met à en vouloir à la personne qu’on a d’abord voulu aider. Le comble de l’altruisme c’est donc être égoïste? Non, le comble de l’altruisme c’est ne pas céder à la tentation de se faire du bien, de se sentir exister en faisant croire à quelqu’un que nous lui sommes indispensables. Je pense sincèrement que l’altruisme est indissociable de ce qui le meut, de ses intentions. Il faut que les intentions soient épurées de tout égoïsme, de tout bien-être ou mieux-être, de tout bénéfice. En fait il faut être suffisamment heureux et sorti d’affaire soi-même pour qu’aider ne devienne pas notre pis-aller.

Et puis aussi et surtout avoir la capacité de reconnaitre nos limites, et se rendre compte que qu’elles que soient nos (bonnes) intentions, on ne peut pas vivre la vie des gens à leur place et que chaque personne peut et doit trouver SES solutions, mais que nous ne pouvons jamais trouver que les nôtres, celles qui ne conviennent qu’à nous, qu’à un certain moment de notre vie. Nous ne sommes que rarement totalement synchrones avec ceux qui nous entourent pour pouvoir trouver en même temps qu’eux THE solution. Nos vies et vécus sont souvent trop différents pour que notre solution du moment convienne à un autre que nous-même.

Il ne faut pas voler à qui que ce soit sa capacité à s’en sortir, bien sûr on peut aider matériellement, je veux dire être là quand il faut donner un coup de main, prêter une oreille attentive, ouvrir nos bras, prêter ou donner des sous, de la farine, du sucre, une voiture, créer une bulle où l’autre puisse venir se reposer un moment mais moralement on ne peut,  je crois, au final, qu’aimer les gens et leur faire confiance pour s’en sortir.

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète :

Donnez toujours raison à votre
sentiment à vous contre ces analyses, ces comptes
rendus, ces introductions. Eussiez-vous même
tort, le développement naturel de votre vie
intérieure vous conduira lentement, avec le
temps, à un autre état de connaissance. Laissez à
vos jugements leur développement propre,
silencieux. Ne le contrariez pas, car, comme tout
progrès, il doit venir du profond de votre être et
ne peut souffrir ni pression ni hâte. Porter
jusqu’au terme, puis enfanter : tout est là.

 

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