C’est pas ma faute!

Ce soir, profitant du fait que j’avais l’attention dispersée et que je n’étais pas tout à fait présente à moi-même dû à un surcroit de fatigue et d’épluchage de carottes, le Rat s’est fait couler un bain royal, une piscine, un lac, que dis-je: une péninsule! (ah non, pardon ça c’est une autre histoire) bref il en avait jusque là, de la belle eau claire, il pouvait même nager en faisant le requin, c’est vous dire…A cet instant, comme n’importe quelle personne de ma génération et de celle d’avant, mes cheveux se sont dressés sur ma tête: OH MON DIEU, JE SUIS EN TRAIN D’ASSECHER LA PLANETE! A cause de moi et de mon inattention, le Sahara très voisin a encore gagné au moins 2km!

Tout de suite je cherche à atténuer ma culpabilité: oui mais mon enfant vit là ses beaux moments d’enfance, l’éclate dans la baignoire c’est pas tous les jours qu’on peut se le permettre ni à tous les ages.Après c’est douche chronométrée et robinet fermé à la pince pour qu’il ne goutte plus…c’est drôlement moins fun , il est vrai. Je me suis dit que ça valait bien une petite entorse au réglement…

Au réglement…

Et…Mince! Zut! (en vrai j’ai dit « merde », mais je suis trop polie pour l’écrire)

Est-ce vraiment moi, avec mes bains ou mes douches trop longues, ou ma TV en veille qui abîme toute la planète???! Pourquoi devrai-je porter cette responsabilité,  pourquoi devrai-je culpabiliser alors que ce n’est pas moi qui tire toute l’eau? J’ai un peu l’impression qu’on me fait porter et payer un truc que je n’ai pas fait, que j’étais même pas là genre je dormais…Ca me fait le même effet que de devoir rembourser le casse d’une banque avec lequel je n’aurais rien à voir, et là pour en revenir à l’eau du bain, comme si je devais économiser l’eau parce que le maire de mon village veut que le jet d’eau devant la mairie monte encore plus haut pour faire jouli (je laisse à Freud le soin d’analyser).

Et non seulement économiser et faire attention mais surtout culpabiliser alors que je ne maitrise pas du tout le processus. Comme si on m’accusait d’une faute que non seulement je n’ai pas commise, que je ne peux pas avoir commise, que je n’ai même pas les moyens de commettre, , qu’on me fasse payer toute ma vie pour une décision qui a été prise avant ma naissance, par des gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam (je n’ai jamais compris cette expression si quelqu’un que je connais ou pas veut bien me l’expliquer?) et tout d’un coup j’en porte la responsabilité? Pourquoi pas me faire porter la responsabilité pour l’assassinat de Kennedy, ou même  d’Hiroshima, hein, je n’y étais pas non plus, allez-y! Vous gênez pas! Faites comme chez vous, la porte est ouverte!

Mais là ne s’arrête pas le vice! Je suis coupable et responsable mais en plus on ne me donne aucun moyen de changer les choses! On me pétrifie par un regard accusateur, on nous monte les uns contre les autres, chacun y va de son doigt accusateur, de son regard assassin et transforme le plus cool des apéros en rasage de crâne sur la place publique: quoi tu prends des bains???

T’es complètement irresponsable ma pauvre fille!

Tout ce que je sais moi, c’est que la culpabilité est paralysante, un lapin pris dans les phares, on ne peut plus bouger quand on se sent coupable, on perd nos moyens, on se débat avec nos petits bras pour essayer de s’en sortir et là je commence à me demander à qui profite le crime, à qui ça sert que je sois pétrifiée sur place à compter les litres gaspillés dans la baignoire de mon rejeton…

Je sais, ça va très mal passer en ces moments où il faut que tout le monde se responsabilise et porte toute la culpabilité du monde sur son dos, et bien moi je m’en dégage.

C’est dit.

Et?

Ouf…je respire.

Je retrouve mes moyens, mon cerveau s’oxygène à nouveau et je réfléchis:

Avoir un comportement responsable c’est bien.

Etre responsable c’est mieux.

Et savoir faire la différence entre les deux.

Et je me dis: on ne peut pas changer le système sans changer avant les gens. Et changer ne veut pas dire changer de comportement, c’est changer INTÉRIEUREMENT. Changer ce que nous sommes, changer de valeurs, de société, changer tout.

Ce n’est pas consommer responsable, consommer différemment, c’est arrêter de consommer, trouver un autre système, changer ce qui fait que nous nous identifions à ce que nous consommons. Nous ne sommes pas ce que nous consommons (ou pas). Il faut changer. Il faut NOUS changer. Nous sommes bien autre chose que ce qu’on veut bien nous faire croire.

Et osons l’impossible.

Plouf!

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