Festina Lente

Pour moi, enfant des années 90, Festina est synonyme de drogue sur le Tour de France.

Ah, les étés à la campagne avec le père et les tontons devant la TV en train de regarder des mollets poilus qui moulinent, pendant que  les tatas discutaient dehors, et que nous les gosses on jouaient, les petits dans des bassines à faire de la soupe à la gadoue et les grands à construire des cabanes ou à monter des remparts en vue d’une attaque de la colonie installée dans le champs voisin, on buvait du sirop et on mangeait des pralulines. Pour moi, Festina, c’est que des bons souvenirs.

Accessoirement, plus tard, j’ai su que c’était des montres.

Et puis un jour je tombe sur un documentaire sur Arte à propos de je ne sais quoi, et j’apprend ce que ça veut dire, en vrai, littéralement j’entends…Ca à bien un rapport avec le dopage et les montres finalement, ça veut dire: Hâte toi.

Et l’Auguste proverbe qui va avec: Festina Lente: « Hâte-toi lentement » (J’ai cherché la traduction, mes cours de latin m’ayant plus servi à apprendre la petite délinquance qu’autre chose au collège).

Hâte-toi lentement.

J’aime bien. Ca veut dire ne lambine pas, ne te laisse pas aller, mais fais le à la vitesse qu’il faut pour le bien faire.

Parce que je suis atteinte de la maladie de la vitesse, 3 trucs à la fois, tout vite fait, mal fait, énervant, énervée, impatiente.Mais pour ma défense, je crois que ce n’est pas de ma faute.

C’est la faute à notre époque.

Ah ben oui, ben voilà, moi aussi je m’y mets, c’était mieux avant, gnagnagna, quand j’étais grand-mère, euh, non pardon, quand j’étais petite fille tout était bien mieux, lerespectseperdmabravedame.

Oui, non, de toute manière j’ai que 31 ans, je crois pas pouvoir avoir un recul suffisant pour juger, et je crois que mes parents étaient déjà très « speed » en plus…

Juste ce que je remarque c’est que c’est presque un péché mortel d’être lent, à notre époque.

Par lent j’entends « pas tout de suite », pas dans l’instant (je vous renvoie d’ailleurs à ce très bel article ), mais j’entends aussi par « simplement ».

Aujourd’hui quand il faut aimer c’est passionnément, gagner de l’argent agressivement, avoir exponentiellement, on ne laisse plus la place au simple, au petit, au doucement. On passe pour des ratés quand on aspire à rien d’autre qu’au calme, et aux petites choses de rien.

Il faut bouger, voyager, tout savoir, être dans le coup, débattre, gagner, s’engager, revendiquer, faire, faire, avoir, avoir.

C’est même devenu un mouvement! le Slow!

On s’éloigne toujours plus du « être », de la vie. La petite vie simple, simple et classe comme une petite robe noire (Ô combien la plus belle!).

Le quotidien est plein de promesses si on prend le temps de bien regarder, jamais deux fois le même. Mais pour ça, il faut faire les choses bien. A leur vitesse.

Laissons nous porter…

Ne moulinons pas comme un pauvre cycliste dopé, asseyons-nous dans le fossé, et dégustons du saucisson.

Bon dimanche!

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